LA CREATION DE L'OBSERVATOIRE DU

PIC-DU-MIDI DE BIGORRE

 

En 1851, le Docteur Costallat rêvait d'installer un observatoire dans la région du Pic du Midi de Bigorre. Dès 1852 il édifiait, à ses frais, au Col de Sencours, une hôtellerie où il comptait faire des observations météorologiques mais une avalanche emporta le frêle édifice l'hiver suivant. La fortune du Docteur Costallat n'eût pas suffi à réparer ce désastre, heureusement les fervents de la montagne étaient nombreux et désintéressés. Une société de l'Hôtellerie sortit de terre, qui trouva les ressources nécessaires pour la construction du nouvel édifice où le Docteur put travailler en sécurité, au moins durant l'été.

Le 19 août 1864, cinq excursionnistes se rencontraient , à midi, à l'hôtel des Voyageurs à Gavarnie où ils venaient se restaurer. C'étaient le pasteur Emilien Frossard, accompagné de ses deux fils Charles et Emilien-Sigismond, de Charles Packe et du comte Henry Russel-Killough.

De quoi fut-il question dans ce cadre majestueux des Pyrénées ? Le botaniste étala ses plantes, le géologue ses pierres, Russel anima la réunion de son prodigieux dynamisme et on convint que l'heure était venue d'organiser une SOCIETE D'EXPLORATION PYRENEENNE, qui coordonnerait les recherches et cataloguerait les richesses immenses et variées offertes par les Pyrénées.

Deux mois plus tard, les convives de Gavarnie se réunissaient chez Emilien Frossard qui avait aussi convoqué Maxwell-Lyte. L'idée de la Société était mûre. Elle avait fait l'objet de multiples conversations et échanges de vues entre E. Frossard et les nombreux amis de la montagne que comptait Bagnères : le Dr. Costallat, nous l'avons présenté mais également , le colonel Champion de Nansouty, un ingénieur, Célestin-Xavier Vaussenat et Jean-Jacques Dumoret, maire de Bagnères.

Le but et la nature de ce groupement fut défini : étudier toute la chaîne des Pyrénées au point de vue de l'histoire, de l'archéologie, de l'ethnographie, de la linguistique, de la zoologie, de la botanique, de la géologie, de la météorologie, de l'orographie aussi bien qu'à celui de grandes excursions. Programme vaste qui fut adopté d'enthousiasme.

De même sans discussion, le nom de RAMOND, le savant botaniste, poète et prosateur, apôtre des Pyrénées, entraîna tous les suffrages, quand le pasteur Frossard proposa de placer, sous son patronage, la nouvelle Société. La Société RAMOND venait de naître...

1873, toujours sous l'impulsion du Dr. Costallat, la Société Ramond avait l'ardent désir de voir s'établir un observatoire météorologique, en attendant mieux, dans la région du Pic-du-Midi. Aussi, lorsque Sainte-Claire Deville, inspecteur général du Service Météorologique vint à Bagnères pour étudier la possibilité d'y établir un observatoire météo, J.J. Dumoret et E. Frossard, n'eurent pas de mal à démontrer que les observations de qualité ne pouvaient se faire qu'en altitude. Le soir même le Bureau de la Société Ramond était convoqué, de sorte qu'avant la nuit, la fondation d'une station à Sencours était décidée. Station estivale d'abord, car on ne savait pas s'il serait possible de séjourner l'hiver dans cet endroit inhospitalier.

Dès l'année suivante on s'était enhardi et le général de Nansouty, devenu Bagnérais depuis sa retraite, proposait à 60 ans, d'aller lui-même hiverner à Sencours.

Il manqua d'y mourir pendant l'hiver de 1877, les neiges avaient recouvert l'édifice. Les grilles de son poêle ayant fondu, il devint impossible d'allumer le feu par un froid de -30 degrés, tous les aliments gelèrent. Le général et ses deux aides (et sa chienne Mira) furent obligés de quitter leur refuge devenu inhabitable. Ils mirent 16 heures pour descendre de la station de Sencours jusqu'à l'hôtellerie de Gripp. Trajet qui ne demande que trois heures en été.

Loin de décourager le général, cette terrible aventure l'amena à conclure qu'il fallait organiser un grand observatoire au sommet du Pic-du-Midi, où les conditions atmosphériques étaient plus favorables qu'à Sencours et où une solide construction serait susceptible de résister aux intempéries.

Sans désemparer, on se mit à l'ouvre pour construire un édifice dont le premier devis s'élevait à 30.000, fr. E. Frossard et J.J. Dumoret partirent à Paris pour chercher des appuis parmi les membres du Gouvernement ; la commune de Bagnères , toujours dirigée par J.J. Dumoret, outre une importante subvention, céda gratuitement les terrains nécessaires à l'Observatoire. La Société Ramond vida entièrement ses caisses et tous les membres souscrivirent des sommes importantes. Des fonds affluèrent de partout grâce à la notoriété du général de Nansouty, qui mobilisa à cette occasion ses innombrables ami et Vaussenat, se donnant lui aussi entièrement à l'oeuvre, parcourut la France, organisant des conférences afin de recueillir les fonds nécessaires.

La construction d'une solide maison d'habitation de 26 mètres de longueur et 8 mètres de largeur est entreprise en 1875 sur la crête du Pic, à l'est et un peu en contrebas du sommet à l'altitude de 2860 m. Les travaux réalisés par l'entreprise Abadie, sur les plans des ingénieurs Harlé, Hétier, Duportal sous la surveillance de Vaussenat, présentaient naturellement d'énormes difficultés matérielles. On ne put y travailler que deux ou trois mois chaque été et il fallut six campagnes consécutives pour la mener à bien. On commença à creuser les rochers du Pic pour y pratiquer l'emplacement de la construction ; c'est le 20 juillet 1878 que la première pierre fut posée et c'est seulement le 30 juillet 1880 que le gros oeuvre en fut achevé. L'année suivante, la maison était habitable pour que les observations météorologiques pussent se faire, à son voisinage, même pendant l'hiver.

Les observations météorologiques qui avaient été entreprises dès 1873 à la station Plantade du col de Sencours s'effectuèrent à compter d'octobre 1881 depuis le sommet du Pic à la station Darcet. Le général resta sept années à l'hôtellerie avec un observateur Baylac.

L'Observatoire se campe fièrement sur son piédestal de 2877 mètres, il est superbe, mais il a des dettes. Le projet primitif qui était de 30.000 fr. s'est successivement agrandi à mesure que l'argent arrivait et que la vision de ce qui était nécessaire devenait plus claire. Janssen, en octobre 1876, rendant visite au général, insistait déjà pour que des dispositions soient prises pour rendre possible l'installation ultérieure d'instruments d'astronomie.

Tous les efforts du général de Nansouty et de Vaussenat ont abouti à récolter environ 200.000 fr. sur un total de dépenses de 248.000 fr., il manque donc 48.000 fr. Les fondateurs pensent alors que seul l'Etat est en mesure d'achever les travaux et surtout d'assurer la continuité du service.

La Société Ramond cède donc l'Observatoire à l'Etat, qui en prend possession par la loi du 7 août 1882, vote le budget pour payer le solde et dégager les ressources nécessaires à son fonctionnement.

Le 31 octobre de la même année, Vaussenat est nommé Directeur de l'Observatoire, il le restera jusqu'à sa mort en 1891. Le général de Nansouty fatigué par ses longs séjours à Sencours en devient le Directeur honoraire.